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Démocratie, République, Alternance

De Périclès à Gorbatchev : Vérités et mensonges

vendredi 5 mars 2010

Est - il possible de dépassionner le débat sur les reformes institutionnelles annoncées avec à la clé une très probable révision de l’article 37 de la constitution ? Non. Pourquoi ? Parce que les enjeux subséquents sont énormes et surtout parce que la politique par essence est du domaine des passions.



Les enjeux portent sur le fond, la forme et la gestion des institutions républicaines. Mais la plupart des observateurs retiennent surtout l’aspect de la gestion notamment ceux qui s’inquiètent d’ « une confiscation du pouvoir » pour l’éternité par la majorité actuelle.

Dès lors, aucun effort d’analyse n’est fait pour s’interroger sur les faiblesses actuelles des institutions et sur les propositions d’amélioration à intégrer dans le projet des réformes en perspective. On s’émeut sur la disparition probable de la close qui limite à deux le nombre de mandats à la magistrature suprême et dans des raisonnements simplistes, on en vient à nier tous les principes à la fois élémentaires et fondamentaux de la démocratie.

Dans cette logique du oui aux réformes mais non à la révision de l’article 37, certains analystes et non des moindres, voudraient faire passer le nécessaire pour l’indispensable. Le possible pour l’obligation. Dans cette même logique du tout sauf l’article 37, de nouveaux théoriciens de la démocratie pose l’inacceptable équation de Alternance = Démocratie ou Démocratie = Alternance.

On a beau remonter l’histoire jusqu’au siècle de Périclès et de Platon, en passant par les révolutions américaine et française pour en arrivé à nos jeunes démocraties et le discours mitterrandien de la Baule ou les réformes gorbatchéviennes qui ont favorisé leur avènement, nulle part on ne rencontre, même en hypothèse d’école, cette équation Démocratie = Alternance obligée.

Et pour cause !Au commencement de la démocratie, c’est connu, était la Grèce. Ce qu’on en retient de fondamental et d’encore utile et indispensable pour nos jeunes Etats, c’est la participation de tous les citoyens à la prise de décision dans la gestion de la cité. La définition étymologique de Démocratie vient de là : pouvoir du peuple, par le peuple et pour le peuple. On en déduit que le principe fondamental de la démocratie, c’est la participation citoyenne.

Cette participation citoyenne à la gestion de la chose publique, formaliser dans des pratiques, des procédures, des institutions, des lois a donné naissance à la République dès le premier siècle de notre ère.

La Révolution française de 1789, dont les idéaux sont encore le substrat principiel de nos Etats modernes, outre la participation citoyenne qui remonte donc à l’antique Athènes, a ajouté à l’essence de la Démocratie et de la République, les valeurs des droits de l’Homme avec cette éternelle devise : Liberté, Egalité, Fraternité.

La valeur de la représentativité c’est-à-dire la délégation du pouvoir à un ou à des « groupes particuliers » procède aussi de la Révolution française. Elle annonce le principe du vote et son corollaire logique, la naissance des partis politiques pour se disputer le suffrage des citoyens en tant que « groupes particuliers » avec des projets particuliers et une vision particulière de la gestion de la chose publique.

Dès que le suffrage de la majorité s’est exprimé en faveur d’un projet politique particulier porté par un ou des groupes particuliers, ce projet politique devient un projet collectif porté légalement et légitiment par un ou des groupes particuliers qui gèrent la chose publique pour un temps plus ou moins long suivant la capacité des autres groupes particuliers à persuader les électeurs de leur accorder la majorité des suffrages. Les politiques burkinabè n’ont rien inventé en cela. C’est au contraire un principe à la fois nécessaire et indispensable dans la bonne marche de la démocratie.

A ce propos, Robespierre, l’un des chantres de la Révolution française définissait déjà la démocratie en 1790 comme « un Etat où le peuple souverain guidé par des lois qui sont son ouvrage, fait par lui-même tout ce qu’il peut bien faire, et par des délégués tout ce qui ne peut être fait par lui-même ».

On le voit bien, a moins d’être partisan du monolithisme politique, c’est-à-dire partisan du système du parti unique, à moins de considérer la communauté sociale comme une entité homogène pour ne pas dire un corps mystique, et sanctifier en tabernacle divin, on doit accepter que dans le corps social et la classe politique de tous les pays du monde, « des groupes particuliers » existent avec des projets économiques, sociaux, culturels et politiques différents, divergents voire contradictoires.

Le multipartisme autorise légalement et légitiment cette diversité. Si oui, ce n’est pas de cela dont il faut avoir peur car « les groupes particuliers » organisés en partisans et en partis politiques n’occultent ni ne confisquent en rien l’alternance possible. Au contraire. Ce dont il faut s’inquiéter, c’est de la forme des institutions, leur fonctionnement et la bonne gestion de la chose publique.

En effet si la démocratie a d’abord voulu dire participation citoyenne, avant d’intégrer des valeurs importantes comme celle de liberté, égalité, représentativité, multipartisme, depuis la Glasnost et la Perestroïka gorbatchéviennes, la Bonne gouvernance s’est ajoutée à ses valeurs cardinales.

Cette Bonne gouvernance au niveau institutionnel fait appel à l’équilibre et à la séparation des pouvoirs, exécutif, législatif et judiciaire chers aux républicains. Au niveau économique, elle nous renvoie, la Bonne gouvernance, au respect de la chose publique dans un esprit de transparence et de civisme au service de la collectivité.

Les Burkinabè ne doivent donc pas se tromper de combat, y compris les évêques de l’Eglise catholique, au point de faire passer l’utile de la démocratie républicaine qui est l’alternance possible, comme l’indispensable condition sine qua non, l’alpha et l’oméga de la République. C’est cette méprise, volontaire ou non, qui induit cette cristallisation d’une certaine opinion sur la révision possible de l’article 37 de la constitution. L’alternance ne sera jamais synonyme de démocratie.

A ce sujet, Montesquieu disait fort justement « le gouvernement (le régime) changeait sans cesse : le peuple étonné cherchait la démocratie et ne la trouvait nulle part ». A contrario, limitation de mandats ou pas, le peuple souverain dans un scrutin ouvert peut renvoyer le ou les « groupes particuliers » à leurs chères études sur l’intérêt général.

Pas besoin d’émeutes ni d’autres épouvantails de la peur pour cela. C’est pourquoi les évêques burkinabè ont tord d’invoquer les fantômes du passé avec un esprit partisan qui étonne. On aurait souhaité qu’ils soient eux et tous les dignitaires religieux des arbitres impartiaux dans les joutes électorales en perspectives.

L’Hebdo du Burkina

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