Nous ne dirons pas que tous ces concepts ne servent qu’à servir du vent. Ce sera trop simpliste sinon réducteur. Il faut savoir aller au-delà, car toute stratégie bonne ou mauvaise peut donner du résultat, le tout résidant dans la manière de la mettre en œuvre.
Si la pauvreté a reculé au Burkina au plan macroéconomique, force est de reconnaître qu’à l’échelle micro, il y a encore beaucoup à dire.
Le citoyen, et c’est légitime, ne regarde que les retombées de la croissance dans l’état de son vécu quotidien. Les améliorations à ce niveau sont peu visibles, ce qui du reste avait été reconnu par le ministre de l’Economie et des Finances parlant justement de la SCADD à venir.
La crise économique qui frappe durement impose aux Etats africains de savoir que la partie est perdue pour eux s’ils ne se décident eux-mêmes à illuminer leur destin.
A retenir du cadre stratégie de lutte contre la pauvreté, c’est que l’atteinte des objectifs exige plus que le fait d’établir un programme sur papier glacé et très bien achalandé.
Sa révision en vue de le transformer en stratégie de croissance accélérée impose la perfection si l’objectif est de réussir la nouvelle mouture.
Un impératif
Le Burkina pour sa SCADD ne va pas innover. Tous les cadres des départements ministériels et institutions qui font les projets seront associés à son élaboration.
Cette large consultation est un passage obligé pour donner à tous ces hommes qui comptent le temps de bien s’imprégner du contenu de cette stratégie.
C’est aussi pour cela qu’il faudrait se souvenir qu’au cœur de tout projet se trouve l’homme, rien que lui. Autant, il a pensé la conception, autant il sera en charge de sa réalisation. Alors que le Premier ministre a entamé la deuxième année de son investiture à la tête de l’Exécutif, il a eu ce temps de savoir le poids de l’homme dans le succès des entreprises gouvernementales.
Disséminés aux quatre coins du Burkina, ils seront nombreux à assurer l’exécution de la SCADD. Avec des capacités diverses, des comportements divers, des approches multiples.
Le défi du résultat impératif, devenu l’étalon de mesure consiste à réduire ces différences, à faire en sorte que de Falagountou à Tounouma, il y ait une même manière de concevoir les mises en chantier.
De cette harmonisation, de la capacité à trouver un label intégré et assimilé par tous dépendra le succès, le demi-échec ou le néant à l’heure du bilan.
Mais peut-on seulement se permettre de ne pas atteindre ce chiffre de croissance à deux composantes ? Aucun doute que pour l’ambition de nation émergent à 2025 la transformation a largement entamé son temps de fait réel.
Plus de regrets ?
L’humain sera le point déterminant, mais pas seulement. Il est vrai que beaucoup de nations asiatiques ont transformé leur vécu par une mobilisation déterminée dans le travail. Le Burkina étant généralement cité telle une nation dure à la tâche, il n’y a pas de raison que la valeur travail prenne de l’amplitude.
La stratégie sera chiffrée et on sait les limites financières d’un pays à dominante agricole. C’est pourquoi, tout nerf de la guerre qu’il est, l’argent en moins est la source du succès.
Trop d’argent tue l’inventivité, la volonté de trouver les meilleures voies et solutions.
Cela s’est vérifié avec le PDDEB. La gestion des fonds importants alloués a vite tourné à la catastrophe dans les collectivités très peu préparées à recevoir ce flux continu et manifestement au-dessus de leur capacité d’absorption. La décentralisation court pourtant et va même en s’intensifiant.
L’harmonisation des modes opératoires concernant la gestion financière n’est pas seulement un impératif. Sur la durée, il s’agira d’imposer une dynamique immuable, des habitudes qui font que l’investissement prime le dessus sur le fonctionnement.
Les programmes de développement africains ont semblé depuis les indépendances porter le sceau du volontarisme. Ils se sont succédé aux uns et aux autres sans produire d’effets significatifs. Les indicateurs ont été comme une composante qui meublait le décor.
A l’heure d’entamer cette stratégie à la dénomination si alléchante va-t-on encore nourrir des regrets ?
L’enthousiasme de la nouveauté ou du début de quelque chose crève l’écran à tous les niveaux.
On espère par cet enthousiasme rattraper le retard de quarante ans pour être indulgent. Surtout dans l’arrière pays, ceux qui scrutent l’horizon du développement. Pas que sur toutes ces années, rien n’ait été posé comme galon, mais que sur toutes ces années, beaucoup reste à faire.
On le répète certes si souvent, mais que cette banalité est si vraie à l’aube du SCADD. L’espoir est permis. N’est-il pas le dernier des mohicans.
Souleymane KONE