L'hebdomadaire N°306 du 25 Février au 03 Mars 2005

   Politique

Affaire Norbert Zongo: Les légèretés de la Commission d'enquête indépendante (CEI) dénoncées dans une lettre ouverte

Blaise Compaoré face aux Corps constitués: Un exercice de salut démocratique


Blaise Compaoré face aux Corps constitués

Un exercice de salut démocratique

Le président du Faso a rencontré en live les Corps constitués les 17 et 18 février derniers. Tous les groupes et composantes de notre société ont pu à l'occasion sans faux-fuyants aborder les questions essentielles les préoccupant. Cet exercice qu'entend perpétuer le chef de l'Etat, à l'instar de sa rencontre annuelle avec les producteurs, était d'autant plus espéré par les différentes populations, qu'elles pensent souvent être coupées de leurs dirigeants. La démocratie n'est pas facile parce qu'elle engendre la confrontation des idées la plupart du temps aux antipodes les unes des autres. 


Le président du Faso, Blaise Compaoré.

Après dix ans de pratique démocratique, voilà une initiative qui remet au goût du jour des valeurs ancestrales disparues. Le fameux arbre à palabre a agi de la période de nos parents comme une catharsis, en ce qu'il permettait aux uns et aux autres de dire et éventuellement d'être compris afin de s'entendre dire.

Les Corps constitués, à n'en pas douter, voulaient parler et en retour, s'entendre dire par le premier magistrat ce qui se fait au sommet de l'Etat et ce qui va désormais se faire allant dans le sens souhaité par eux.

Malgré la représentation nationale, on devine que le niveau de culture d'ensemble des citoyens incline à rendre cet attelage du régime démocratique impersonnel et un peu éloigné de leur réalité quotidienne. En tout cas, l'expérience burkinabè est encore jeune pour que le maximum de citoyens perçoivent les bienfaits d'un parlement, censé parler en leur nom.

On a donc vu que ces deux jours de débats directs, d'échanges francs, en tout cas faut-il le croire, étaient en définitive comme une bouffée d'air pur. Les mécanismes classiques sont par conséquent inopérants si de temps en temps, il n'est pas fait recours à ces forums permettant de parler directement aux "forces vives" de la nation. 

Le risque de l'éloignement 

Rencontrer les secteurs socioprofessionnels signifie aussi s'entendre dire des choses difficiles à entendre ou à résoudre.

Le salaire par exemple est devenu à force un sujet tabou, alors qu'il ne devait pas l'être, vu qu'il concerne chaque Burkinabè.

Ou je suis salarié ou je dépens d'un salarié, c'est tout dire.

Il existe pour les politiques des zones où ils ne voudraient pas s'aventurer, mais les rencontres passées ont prouvé que chacun peut savoir raison garder. Les Corps constitués ont parlé avec responsabilité.

Lorsqu'en effet les travailleurs exigent 25 % d'augmentation, la seule solution est de mettre sur la place publique, la réalité de nos finances publiques et de nos ressources pour arbitrer avec objectivité une telle revendication. De toute façon, personne ne peut donner ce qu'elle ne possède pas.

Ce courage politique de descendre dans l'arène réduit les distances entre lesdits "inaccessibles" et le peuple d'en-bas. La transparence dans la gestion de la chose publique commence par là, car les échanges de ce type amènent petit à petit, chaque camp à quitter les postures rigides.

La cohésion sociale, l'apaisement du débat démocratique, la responsabilité des acteurs, politiques comme civils se bâtissent sur le dialogue social. Sans lui, l'affrontement à terme ou à un moment donné n'est inévitable. Avec lui, cet affrontement reste dans le cadre de la légalité républicaine. 

L'absent de marque 

Après cet exercice promis et réalisé par le président du Faso, on était en droit, c'est ça la démocratie, d'entendre le son de cloche de l'opposition.

Il ne s'agit pas seulement de parler lorsque la Mauritanie se met en tête d'accuser le Burkina Faso de vouloir la déstabiliser. C'est surtout lorsqu'on parle des problèmes quotidiens et existentiels du Burkinabè, qu'elle a à montrer qu'elle recèle à son sein de valeurs capables de faire des propositions ou d'avancer des idées autres et pertinentes.

Ces idées-là avancées fertilisent le débat parce qu'elles ont la vertu de ne pas tomber dan la polémique stérile. Quand il est question de sujets pour résoudre les problèmes de fond, l'opposition se fait discrète sinon muette. Mais si c'est pour agir dans le domaine de la politique politicienne improductive, on voit fleurir partout dans les quotidiens, des déclarations qui n'ont de valeur que leur jugement au verdict d'une sévérité définitive.

Les sujets majeurs n'ont effectivement pas manqué. Le fait de les laisser au seul président du Faso ne donne-t-il pas raison au président du CSI qui écrivait en réponse à l'association FRADES du député Cyril Goungounga que "les élites burkinabè ont malheureusement de moins en moins une propension aux vrais débats intellectuels".

La démocratie, notre démocratie ne grandira que si le droit de critiquer, de blâmer ne s'accompagne aussi du devoir de proposer et, ceci dans le sens de l'inventivité, de l'originalité et de la créativité. Certes, la critique est facile et l'art difficile. Mais justement, on demande trop aux politiques et plutôt ils comprendront cela, mieux ils éviteront d'avancer les énormités du style "réaliser une alternative au Burkina Faso, c'est d'abord réussir l'alternance".

C'est vouloir berner le peuple à peu de frais et une telle vision est digne de putschistes du style Faure Eyadema. François Mitterrand n'a-t-il pas réussi son alternance en proposant durant vingt ans une alternative sans cesse et corrigée. L'opposition ferait mieux de s'en inspirer ? 

Souleymane KONE