Entretien:
"La
sédentarité et la notoriété sont les deux critères pour reconnaître un
vrai tradipraticien", dixit Dr. Eloi Somé.
Médecine
et pharmacopée traditionnelles au Burkina: En
plein essor sous réglementation
Médecine
et pharmacopée traditionnelles au Burkina
En
plein essor sous réglementation
Au
Burkina, l'engagement de l'Etat à soutenir les tradipraticiens est sans réserve.
La Direction générale de la pharmacopée, du médicament et des laboratoires
(DGPML) œuvre continuellement à une meilleure structuration de la pharmacopée
traditionnelle. Ceci pour barrer la route aux brebis galeuses qui s'infiltrent
et abusent des patients. Cette enquête-reportage nous amène à découvrir le
vrai visage d'un tradipraticien et surtout les motivations premières qui
poussent les Burkinabè à se donner à cette médecine et pharmacopée
traditionnelles.
L'accès
aux médicaments de la médecine conventionnelle constitue un véritable problème
pour la plupart des Africains. D'ailleurs le continent ne représente que 2 % de
la population mondiale de médicament. C'est pour cela que bon nombre de pays
intègrent de nos jours dans leur politique sanitaire, la médecine et la
pharmacopée traditionnelles.
Au
Burkina par exemple, on dénombre 450 tradipraticiens que la DGMPL forme et
encadre dans l'exercice de leur traitement.
Cependant
des brebis galeuses s'infiltrent dans la profession en semant le doute et la méfiance
à l'égard des tradipraticiens en abusant des patients. Mais nous avons découvert
à travers des témoignages que la médecine et la pharmacopée traditionnelles
a l'instar de la médecine conventionnelle ont leur propre méthodologie de
diagnostic, fonctionnent avec des règles et imposent leur efficacité dans le
traitement de plusieurs pathologies.
L'intérêt
principal de la médecine traditionnelle
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La
santé pour tous tant convoitée au Burkina, ne saurait être atteinte sans le
concours de la pharmacopée traditionnelle.
Cela
relève d'un simple constat d'une étude de la Banque mondiale dont les
statistiques prouvent que 80 % des Burkinabè ont pour première intention de
s'orienter vers cette médecine. Plusieurs raisons expliquent cette ruée vers
la pharmacopée traditionnelle : il y a d'abord la pauvreté, l'absence des
centres de santé primaires dans plusieurs localités mais surtout le
soulagement que les populations ont à travers ce traitement à moindre coût.
Pour
M. Emile Bogo Paré "L'avantage de se soigner à la pharmacopée
traditionnelle est que le tradipraticien peut solliciter sa récompense après
votre rétablissement. Ce qui n'est pas le cas avec la médecine moderne. Ce
seul facteur est nécessaire et suffisant pour comprendre l'intérêt et la foi
que les gens cultivent pour cette médecine. Encore mieux on y trouve
satisfaction des fois".
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Thymus Vulgaris
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L'équivoque
à relever est que la médecine traditionnelle ne s'est jamais opposée à celle
dite moderne. La quasi-totalité des personnes interrogées, sont d'avis que les
médecines sont complémentaires et n'ont aucun point de rivalité possible.
C'est
au regard des résultats acquis par la pharmacopée qu'une politique
nationale est en cours pour sa valorisation.
Aujourd'hui
le Burkina compte, selon l'Organisation mondiale de la santé (OMS), 200
habitants pour un tratipraticien.
Cette
dépendance de la population des recettes issues de la pharmacopée
traditionnelle s'explique aussi par le fait que notre pays a des atouts dans la
diversité d'une flore très riche (plus de 2000 espèces médicinales identifiées).
Qu'à cela ne tienne, culturellement , la pharmacopée traditionnelle est jugée
par certains comme un traitement qui guérit "le corps et l'esprit".
Au-delà
des croyances coutumières, entre autres raisons évoquées, les raisons qui
motivent la convergence des patients vers les tradipraticiens sont d'ordre économique.
En
effet, depuis la dévaluation du franc CFA en janvier 1994, la cherté des
produits des officines pharmaceutiques a amené bon nombre de citoyens à se
soigner par la pharmacopée. Trouvent-ils rétablissement dans le traitement de
leurs malades ?
Deux
associations (Wend-Panga et Sid-Kiéta de Ouagadougou) que nous avons rencontrées
nous livrent leur opinion sur la question.
Pour
le chef traditionnel, Malgré-Naaba de l'association Sid-Kièta "Je suis
tradipraticien depuis 30 ans. Les gens viennent d'eux-mêmes solliciter le
traitement de leurs maladies. L'affluence est toujours grande et je pense que
c'est parce que les soins que je prodigue les soulagent. Le Comité national de
lutte contre l'excision nous a sensibilisés dans la lutte contre l'excision. Et
nous sommes engagés pour cela. Les gens nous écoutent et trouvent satisfaction
dans nos recommandations".
Pour
les membres des deux associations que nous avons rencontrés, ils sont unanimes
qu'un tradipraticien authentique n'est pas un ambulant. Il est bien connu et
exerce dans une localité bien déterminée.
De
nos jours, toutes les catégories socioprofessionnelles s'adonnent aux soins de
la pharmacopée.
M.
Issaka Compaoré, parkeur au Ciné-Nerwaya : "Je me soigne régulièrement
avec les produits de la pharmacopée. Je ne dis pas que les produits
pharmaceutiques ne peuvent pas me guérir des maux de ventre et autres, mais
pour le moment, je trouve satisfaction avec la potion que mon tradipraticien me
recommande".
D'une
manière générale, les propos que nous avons recueillis soulèvent cinq
observations majeures :
-
la médecine traditionnelle et celle moderne sont complémentaires,
-
le tradipraticien authentique se reconnaît par sa notoriété et sa sédentarité,
-
les tradipraticiens ambulants sont de compétence douteuse,
-
l'urgence revient à l'Etat de réglementer et de protéger la pratique de la médecine
traditionnelle
-
restaurer les espèces de la flore médicinale
menacées de disparition. Des préoccupations qui rejoignent l'avis du Dr. Eloi
Somé, chef de service réglementation et contrôle de l'exercice de la médecine
traditionnelle qui soutient ceci "La promotion de la médecine
traditionnelle faisant partie de la politique du gouvernement, bientôt des
centres de soins seront construits à Ouagadougou et à Bobo-Dioulasso et
ensuite dans les autres provinces. De même les tradipraticiens seront appuyés
pour ouvrir des officines et cabinets de soins".
La
feuille de route de la politique nationale
La
volonté politique existe. Car c'est courant l'année 2004 que la définition
d'une politique en matière de médecine et de pharmacopée traditionnelles
verra probablement le jour.
Elle
se traduira par :
-
la création au sein du ministère de la Santé d'une direction de la promotion
de la médecine et de la pharmacopée traditionnelles,
-
la prise en compte de la médecine traditionnelle dans le plan national de développement
sanitaire 2001-2010 ,
-
la prise en compte de la médecine traditionnelle dans le cadre stratégique de
lutte contre la pauvreté,

Photo de famille de quelques tradipraticiens
à Ouagadougou.
-
l'adoption d'un cadre stratégique de la recherche qui consacre un volet
important à la médecine traditionnelle et au développement de médicaments à
partir de la pharmacopée traditionnelle.
A
ce corpus de décisions, s'ajoute le fait que l'Etat burkinabè a souscrit à
des déclarations et résolutions internationales en faveur du développement et
de la promotion de la médecine traditionnelle comme :
-
la déclaration d'Alma Ata de 1978 sur la stratégie des soins de santé
primaires, qui reconnaît la médecine traditionnelle et les tradipraticiens de
santé comme étant des partenaires importants pour atteindre l'objectif de la
santé pour tous ;
-
la déclaration des chefs d'Etat de l'Union africaine, à Lusaka, faisant de la
période2001-2010 "décennie de la médecine traditionnelle en
Afrique", etc.
En
somme, la médecine et la pharmacopée traditionnelles prennent de plus en plus
leur lettre de noblesse en Afrique. La prise de conscience des autorités
burkinabè de revaloriser et de réglementer cette médecine témoigne de leur
engagement constant à l'accès aux soins pour tous, facteur primordial dans la
lutte contre la pauvreté et pour le progrès social.
Théodore ZOUNGRANA
Email : tzoungrana@yahoo.fr
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L'histoire
de la médecine traditionnelle au Burkina
La
médecine traditionnelle assurait la couverture des besoins sanitaires des
communautés avant la période coloniale, au cours de laquelle elle sera
interdite par le colonisateur au profit de la médecine conventionnelle. Son
exercice sera juste toléré après les indépendances. Il faut attendre 1994
pour voir sa reconnaissance officielle dans la loi portant code de santé
publique. L'exercice de la médecine traditionnelle est donc autorisé au
Burkina.
Ainsi
par définition, la médecine traditionnelle peut être définie comme étant un
ensemble de connaissances, de techniques de préparations et d'utilisations des
substances et pratiques explicables ou non, basées sur les fondements
socioculturels et religieux des collectivités africaines, qui s'appuient sur
les expériences vécues et les observations transmises de génération en génération
et qui servent à diagnostiquer, prévenir ou éliminer un déséquilibre du
bien-être physique, mental ou social.
Quant
à la pharmacopée traditionnelle africaine, c'est un ensemble de savoirs, de
connaissances, de pratiques, de techniques de préparations et d'utilisations
des substances végétales, animales et/ou minérales, qui servent à
diagnostiquer, prévenir et/ou éliminer un déséquilibre physique, mental ou
social.
C'est
le patrimoine thérapeutique de l'Afrique. A l'heure actuelle elle est orale ou
écrite et les connaissances y afférentes sont transmises de génération en génération.
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