L'hebdomadaire N°278 du 06 au 12 Août 2004

   En Afrique

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Soudan: Une guerre née de l'apartheid au Darfour


Soudan

Une guerre née de l'apartheid au Darfour

Alors que les ballets diplomatiques se poursuivent sur le Darfour, la catastrophe humanitaire et les persécutions des populations noires soudanaises deviennent de plus en plus importantes. Et pourtant la paix au Soudan et la stabilité de toute la sous-région passent par la résolution du conflit. 

Le cessez-le-feu signé le 08 avril 2004 à N'Djamena, sous la médiation tchadienne entre le gouvernement soudanais et les deux groupes rebelles actifs au Darfour, le Mouvement pour la justice et l'égalité (MJE) et le Mouvement de libération du Soudan (MLS) qui s'accusent mutuellement.

Depuis le déclenchement du conflit en février 2003, on démontre plus de 10000 morts d'après l'ONU, un million de déplacés au Soudan et plus de 100 000 réfugiés au Tchad voisin. Le mouvement de fuite des populations civiles se poursuit, tandis que les djandjawids multiplient des raids au delà de la frontière. Ce qui pourrait annoncer une internationalisation de la crise. 

Un conflit de purification ethnique 

Rappelons que la guerre du Darfour (divisé en trois entités administratives (Nord, Sud et Ouest) a éclaté au mois de février 2003.

Elle avait été précédée dans le Darfour Ouest par une série de violences perpétrées durant les années 1996-1998 par les milices arabes à l'encontre des populations non arabes. Les tueries et la politique de la terre brûlée mise en œuvre par les premières s'étaient déjà traduites par une première vague de fuite vers le Tchad.

La rébellion armée du MJE et du MLS (apparus début 2003) s'est donc constituée voici une quinzaine de mois, au moment où se dessinait une perspective d'accord de paix dans l'interminable conflit (à forts relents pétroliers) opposant par ailleurs Khartoun au Sud du Soudan (le SPLA de John Garang). Mais certains médias ont toujours parlé de guerre en termes Nord-Sud et religieux. Le Nord musulman contre le Sud, aux populations animistes ou chrétiennes.

De nos jours, les violences du Darfour démentent ces explications simplistes : les populations noires y résidant sont elles aussi musulmanes et le discours sur les "guerres de religion ne tient donc pas".

A tout point de vue, il est plus juste de caractériser la situation au Soudan comme un Etat d'apartheid (au détriment Des Zaghawa, Four, Massalit du Darfour et autres Soudanais noirs) et la guerre actuelle comme une tentative de "purification ethnique" conduite par le gouvernement militaro-islamiste de Khartoun.

Le premier constat est que, les combats entre rebelles et armée gouvernementale n'ont guère provoqué de déplacements de populations. Ceux-ci ont commencé en juin 2003, lorsque les bombardements aériens des villages de la zone ont commencé relayés au sol par la systématisation des raids djandjawids, pillant et brûlant des localités entières. 

La catastrophe humanitaire s'installe 

Selon les rebelles du Darfour, 30 % des villages désertés ont été détruits ou brûlés. Des chiffres difficiles à vérifier, car dans la projection la moins pessimiste, celle du gouvernement en place, une localité sur trois aurait disparue de ces provinces martyrs.

La crise humanitaire prend des "proportions catastrophiques", selon les mots du Secrétaire général de l'ONU, Kofi Annan "et le monde doit insister pour que les autorités soudanaises neutralisent et désarment la milice qui continue à terroriser la population. Elles doivent aussi permettre l'accès de l'aide humanitaire", ajoutait Kofi Annan.

Dans l'immédiat le sort des réfugiés au Tchad est déplorable.

Car la situation est encore aggravée par le fait que la saison des pluies commençante à rendu l'accès aux victimes encore plus difficile pour la venue des aides alimentaires et sanitaires.

L'Union africaine quant à elle a une mission,  réussir à instaurer par des voies légales la paix au Soudan. Il y va de la stabilité de la région. 

Théodore Zoungrana
Email tzoungana@yahoo.fr