Sommet
d'Accra III sur la crise ivoirienne: L'incontournable
accord de Linas-Marcoussis
Soudan: Une
guerre née de l'apartheid au Darfour
Sommet
d'Accra III sur la crise ivoirienne

Le président du Faso Blaise Compaoré. "Les
accords de Linas-Marcoussis sont un outil incontournable dans la
resolution de la crise ivoirienne". |
L'incontournable
accord de Linas-Marcoussis
Si
le pouvoir ivoirien cherchait à gagner du temps pour ne pas appliquer l'accord
de Linas-Marcoussis, eh bien, il s'est trompé. Treize chefs d'Etat africains et
un Premier ministre ont réaffirmé les 29 et 30 juillet derniers, au cours du
sommet dit d'Accra III, l'importance de cet accord dans la résolution de la
crise ivoirienne. Mais la nouvelle feuille de route et le nouveau chronogramme définis
à cet effet seront-ils respectés ? Pour le président Blaise Compaoré, très
actif au cours de ce sommet, l'espoir est permis même s'il faut attendre de
juger sur pièce le nouvel engagement des protagonistes ivoiriens. La récente découverte
de charniers à Korogho et la volonté réaffirmée de Laurent Gbagbo
d'organiser un référendum sur l'article 35 de la constitution n'autorisent pas
un grand optimisme sur un retour rapide à la stabilité en Côte d'Ivoire.
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Accra
III a été une initiative africaine prise en marge du dernier sommet de l'Union
africaine à Addis-Abeba. Coorganisé par la CEDEAO et les Nations unies qui ont
déployé chacune des troupes de maintien de la paix en Côte d'Ivoire, la
rencontre a été présidée par
Kofi Annan en personne. Parmi les chefs d'Etat présents, outre ceux des pays
voisins de la Côte d'Ivoire ou influents dans la CEDEAO comme le Nigeria, on a
noté la présence remarquée de Tabo Mbéki d'Afrique du Sud, d'Omar Bongo
Odimba du Gabon et Sassou N'Guesso du Congo. A l'inverse, on a remarqué
l'absence d'Abdoulaye Wade du Sénégal
dont le ministre des Affaires étrangères avait obtenu le cessez-le-feu entre
rebelles et forces loyalistes ivoiriens dès le début des affrontements. Dans
le même registre, malgré un intérêt diplomatique affiché pour l'Afrique de
l'Ouest, on a noté l'absence de dirigeants maghrébins.
La
Côte d'Ivoire, première concernée par ce sommet, était fortement représentée.
Outre la délégation gouvernementale, forte d'une centaine de personnes, onze
(11) partis, toutes tendances confondues, étaient présents. Les leaders les
plus en vue dans l'opposition, l'ancien président Henri Konan Bédié, l'ancien
Premier ministre Alassane Dramane Ouattara et le secrétaire général des
Forces nouvelles, Guillaume Soro ont fait le déplacement d'Accra. Une telle
brochette d'invités et de participants donne bien la mesure des enjeux qui
furent ceux d'Accra III.
Huis
clos, contacts de coulisses et propagande activiste
Le
sommet d'Accra s'est déroulé sur un rythme marathon à la cadence des huis
clos. L'accueil des délégations présidentielles à l'aéroport d'Accra –
pas de ressortissants des pays
invités à l'aéroport, pas de déclarations au salon d'honneur, pas de foules
massées dans les rues, pas de folklore à l'ouverture officielle des travaux
– donnait un avant-goût de l'esprit de la rencontre. Accra III veut aller
vite et bien et les chefs d'Etat sont directement allés au charbon. Experts,
ministres et journalistes sont "oubliés" les uns dans les salons
moelleux contigus à la salle de conférences, les autres dans le hall glacé de
la Royal Palm beach Hôtel. A peine, cameramen et photographes ont-ils été
autorisés à faire des prises de vue une fois toutes les délégations installées
dans la salle de conférences. Pour le reste, il faut faire le pied de grue, se
contenter des informations de coulisses et subir les prospectus et autres
brochures de propagande d'une délégation présidentielle ivoirienne trop forte
de "ses patriotes" et de délégués de la "société
civile".
Au
cours de la première journée du sommet, il n'y avait vraiment pas de quoi se
mettre sous la plume. Le huis clos des chefs d'Etat en compagnie du secrétaire
général de l'ONU, du président de la Commission de l'Union africaine, du secrétaire
exécutif de la CEDEAO et des délégations ivoiriennes, a été hermétique. Il
a pourtant duré de 11heures à 19 heures avec une pause déjeuner à peine perçue
par les hommes de médias. Seule une déclaration d'Alassane Ouattara, en milieu
d'après-midi dans laquelle, il exprimait le vœu
d'un sursaut salvateur des parties ivoiriennes pour un retour à la paix
dans le pays, est venue tromper une
attente bien longue. On apprendra dans les coulisses à la fin de cette première
journée de la conférence que les discutions ont été difficiles et ont buté
sur les conditions d'éligibilité à la présidence ivoirienne notamment sur
l'interprétation de l'article 35 de la constitution et les conditions de sa
modification.

Le président du RDR Alassane Dramane
Ouattara a conduit la délégation de son parti à Accra. |
Le
compromis sur cette question fut long à se dessiner et le PDCI-RDA d'Henri
Konan Bédié pourtant
membre du regroupement de l'opposition ivoirienne, le G7, a défendu la même
position que le FPI, parti au
pouvoir. L'après-suspension et la nuit du 29 au 30 juillet ont été des
occasions de constats bilatéraux et d'harmonisation des points de vue. Ainsi
a-t-on pu noter une réunion de travail entre les experts de l'ONU et de la
CEDEAO autour de M. Mohammed Ibn Chambas, secrétaire exécutif de
l'organisation régionale. Ce "comité ad hoc" du huis clos aurait été
chargé de proposer entre autre une nouvelle formulation de l'article 35 querellé
de la constitution ivoirienne. Au cours de la même nuit on a aussi noté
l'audience accordée par le président du Faso à M. Alassane Dramane Ouattara .
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Le
huis clos du 30 juillet fut aussi long que celui de la veille. De 11h 00 à 19h,
heure à laquelle la délégation burkinabé a quitté le lieu de la conférence,
rien n'indiquait qu'un accord avait été conclu. On a plutôt eu l'impression
au cours de la journée que les travaux traînaient en longueur parce que l'on
faisait du surplace. Le départ dispersé et à des heures d'intervalle des
chefs d'Etat n'était pas pour démentir cette impression. Ce fut le président
Obasanjo qui quitta en premier la salle de conférences et la capitale ghanéenne
ce 30 juillet en fin de matinée. Interrogé par les nombreux journalistes, il
se déclara optimiste sur l'issue des discussions avant de revêtir ses habits
de nouveaux président en exercice de l'Union africaine pour parler du conflit
dans le Darfour soudanais.
Après
Abasanjo, le président Eyadema va lui aussi quitter ses pairs sans aucune déclaration.
Il est imité 2 heures plus tard par Mathieu Kérékourou du Bénin. Ces départs
en " désordre" indiquent bien que si clôture officielle du sommet il
y a eu, elle a été sans tambours ni trompettes comme l'avait été du reste
l'ouverture des travaux. Ainsi, la
presse burkinabé, à défaut du communiqué final du sommet, a été heureuse
que le président du Faso ait bien voulu lui faire le résumé des principales
conclusions des discussions.
Que
retenir d'Accra III ?
Le
secrétaire général de l'ONU avait donné le la à l'ouverture du sommet. Dans
un discours dont la sobriété cachait mal la fermeté du ton, il a exprimé les
attentes de la communauté internationale sur la Côte d'Ivoire en six points :

Le premier ministre ivoirien Seydou
Elimani Diarra. Il a conduit la délégation du pouvoir. |
-
Reconstituer son gouvernement de réconciliation nationale et accorder la délégation
de pouvoir au Premier ministre Seydou Elimane Diarra ;
-
Parvenir à un compromis politique sur l'article 35 de la constitution portant
sur les critères d'éligibilité à la présidentielle.
-
Rechercher le consensus et accélérer l'adoption des projets de loi inspirés
par les accords de Linas-Marcoussis notamment
ceux portant sur le code de la nationalité, la commission électorale,
le code foncier et le processus d'identification des citoyens ivoiriens.
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-
Etablir un chronogramme sur le désarmement, la démobilisation et la réinsertion
des combattants ;
-
Travailler au redéploiement de l'administration publique sur tout le
territoire.
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Coopérer avec la commission d'enquête onusienne sur les violations des droits
de l'homme en Côte d'Ivoire.
Les
discussions ainsi balisées, c'est en fait une plus grande visibilité dans la
mise en œuvre des accords de Marcoussis qui est demandée principalement au président
Laurent Gbagbo. Un nouvel engagement a ainsi été obtenu de la part des
protagonistes ivoiriens pour remettre le processus de paix sur les rails. La réintégration
dans l'équipe gouvernementale des ministres membres des Forces nouvelles
qui avaient été limogés, la délégation de pouvoir au Premier ministre, la réécriture
de l'article 35 de la constitution et le désarmement des combattants et milices
armées sont les principaux points d'accord, résultats d'Accra III. Un
"Marcoussis tropicalisé" comme l'a dit M. Dacouré Tabley des Forces
nouvelles.
Interrogé
par la presse nationale avant son départ d'Accra, Blaise Compaoré ne dit pas
autre chose, bien qu'il se soit montré plus diplomatique : "L'important,
c'est l'application des accords de Marcoussis, un outil irremplaçable dans le
traitement de la crise ivoirienne… Parce qu'il détermine les causes du
conflit, et propose les solutions aux
problèmes soulevés… Accra aura été l'occasion de réaffirmer l'engagement
des partis pour l'application stricte de cet accord. Nous avons pu ainsi
clarifier certains enjeux de la transition.
Le
président Gbagbo va signer un décret qui porte sur un certain nombre de prérogatives
sur la délégation de pouvoir au Premier ministre pour la mise en œuvre de cet
accord (Marcoussis). Ce sommet a aussi traité de la question des élections et
les parties se sont engagées à faire en sorte que tous les cosignataires de
l'accord de Marcoussis puissent être présents dans les compétitions électorales
à venir". On ne peut mieux résumer
les conclusions d'Accra III. Derrière les mots des uns et des autres, on sent
une plus grande pression pour obliger les purs et durs du clan Laurent Gbagbo à
lâcher du lest. L'initiative africaine réussira-t-elle où celle française a
échoué ?
Rendez-vous
le 15 octobre
Une
semaine après Accra III, les observateurs de la situation ivoirienne scrutent
les faits et gestes des différents protagonistes.
Laurent
Gbagbo est particulièrement attendu. Va-t-il une nouvelle fois faire volte-face
et renier les engagements pris ? Les
dernières déclarations de la présidence ivoirienne sur un référendum pour
amender l'article 35 ont de quoi inquiéter sur la nuit réservée aux
conclusions d'Accra III. Gbagbo pourra-t-il contenir la pression interne de ses
partisans qui n'acceptent pas l'éligibilité d'Alassane Dramane Ouattara, le
partage du pouvoir et la reconnaissance des droits acquis aux étrangers résidents
en Côte d'Ivoire ? Le retour des ministres des Forces nouvelles au sein du
gouvernement et l'attitude des députés FPI. Quand les lois inspirées par les
accords de Marcoussis seront à
nouveau devant l'Assemblée, constituent les premiers tests. On note aussi non
sans pessimisme la position d'une partie de l'armée qui laisse entendre que
certaines réformes envisagées par Accra III qui touchent justement les corps
militaires et para-militaires ne l'engagent pas.

Le Secrétaire Général de l'ONU Kofi Annan a
présidé les travaux d'Accra III.
Côté
Forces nouvelles, les dissensions nées Guillaume Soro et Ibrahim Coulibaly pour
le contrôle du mouvement vont-elles s'accentuer où s'amenuiser sous l'effet
d'Accra III ? Comment convaincre les combattants de désarmer pour retourner à
la vie civile ? Et Elimane Diarra, le Premier ministre de consensus, que
fera-t-il des pouvoirs à lui délégués ? Aura-t-il la main ferme pour diriger
la Côte d'Ivoire vers une sortie de crise par une élection transparente,
ouverte et équitable ? Autant de questions qui demeurent pour l'instant sans réponse.
Rendez-vous
au 15 octobre prochain, première date importante dans le nouveau chronogramme
qui devrait voir le gouvernement reconstitué, de nouvelles lois adoptées et le
début du désarmement et du cantonnement des combattants. En attendant, pour sûr,
la Côte d'Ivoire n'a pas fini de faire courir la CEDEAO et l'ONU (cf encadré).
Djibril Touré
Envoyé spécial à Accra
D'Accra
I à Accra III
Quelques
grandes dates dans les péripéties de la crise ivoirienne
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19 septembre 2002 : début de la rébellion armée à Bouaké et dans plusieurs
autres villes du Nord et même à Abidjan, la capitale économique.
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25 septembre 2002, Accra I : Premier sommet de la CEDAO à Accra sur la Côte
d'Ivoire. Les chefs d'Etat présents se mettent d'accord pour le déploiement
d'une Force Ouest africaine de maintien de la paix dans le pays.
-
17 novembre 2002 : Arrivée du 1er contingent de la Force Ouest africaine de
maintien de la paix en Côte d'Ivoire.
-
Du 24 au 25 janvier 2003 : Dialogue inter-Ivoirien et sommet de chefs d'Etat
d'Afrique à Linas-Marcoussis en France sous le parrainage du président Jacques
Chirac et en présence du secrétaire général de l'ONU, Kofi Annan.
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4 février 2003 : L'accord de Linas-Marcoussis est ratifié par le Conseil de sécurité
de l'ONU sous la résolution 1464.
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8 mars 2003, Accra II : Un autre sommet de la CEDEAO est réuni à Accra pour
discuter des difficultés liées à l'application de l'accord de
Linas-Marcoussis notamment la répartition des portefeuilles ministériels au
sein du gouvernement de réconciliation nationale.
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13 mars 2003 : Formation du gouvernement de réconciliation nationale dont les
ministres sont issus des partis et des mouvements signataires de l'accord de
Linas-Marcoussis (FPI, RDR, PDCI, PIT, UDPCI, UDCY, MFA, MPCI, MPCI, MPIGO, MJP)
ainsi que des personnalités de la société civile. Les postes querellés du
ministre de la défense et de la sécurité civile restent cependant vacants.
-
Avril 2003 : Installation officielle du gouvernement de réconciliation
nationale à Yamoussoukro en présence de plusieurs chef d'Etats de la CEDAO :
John Kufor, Olésegun Obasanjo, Gnassingbé Eyadéma.
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12 septembre 2003 : nomination des ministres de la défense et de la sécurité.
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Janvier 2004 : Les ministres issus des Forces nouvelles quittent le gouvernement
pour protester contre la non délégation de pouvoir au premier ministre et les
entraves qui empêchent le fonctionnement normal des départements ministériels
dont ils avaient la charge.
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25 mars 2004 : Marche de l'opposition réprimée dans le sang à Abidjan. Le
pouvoir parle officiellement de 37 morts tandis que l'opposition parle de 350 à
500 victimes.
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Avril 2004 : Les Nations unies déploient
6240 casques bleus en Côte d'Ivoire.
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Juin 2004 : Arrivée d'une mission de l'ONU chargée d'évaluer la sécurité en
Côte d'Ivoire et dans la sous-région.
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6 juillet 2004 : En marge du 3e sommet de l'Union africaine, la décision est
prise d'organiser un 3e sommet à Accra pour la relance de la mise en œuvre des
accords de Linas-Marcoussis.
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29 juillet 2004 Accra III : le
sommet réaffirme l'importance de la mise en œuvre de l'accord de
Linas-Marcoussis.
D. T.
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