L'hebdomadaire N°268 du 28 Mai au 03 Juin 2004

   Au Faso

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Privatisation de la SONABEL: L'inquiétude des députés


Privatisation de la SONABEL

L'inquiétude des députés 

Dernière ligne droite pour nos honorables parlementaires qui procèderont en début de semaine prochaine à la clôture de la première session ordinaire de l'année en cours. Ils se sont cependant donné le temps d'interroger vendredi dernier le gouvernement au sujet de la virtuelle privatisation de la Nationale d'électricité, la SONABEL. 

C'est le député ADF/RDA du Centre-Sud Idrissa Ouédraogo qui est l'auteur de la question orale à laquelle est venu répondre le ministre des Mines, des Carrières et de l'Energie, M. Abdoulaye Abdoulkader Cissé.

L'intérêt de la question orale est fondé sur les délibérations de l'Assemblée nationale du 04 juillet 2001. A cette date en effet, la Représentation nationale donnait son feu vert au gouvernement pour la privatisation d'entreprises à participation de fonds publics dont justement la SONABEL.

A travers cette interpellation, les élus nationaux ont voulu avoir le cœur net sur la préservation des intérêts des populations, ceux de la Nation mais aussi les emplois des travailleurs. Privatisation rimant généralement avec licenciement, les députés ont voulu prendre les devants pour avoir des explications claires. De même, ils ont voulu entendre du représentant du gouvernement si les prix de l'énergie déjà suffisamment élevés ne connaîtront pas de nouveau des hausses dès la privatisation faite. Abdoulkader Cissé, la main sur le cœur a indiqué qu'il n'y avait pas de raisons d'être inquiété car a-t-il expliqué, "ce qu'il faut savoir, c'est que la privatisation n'est pas encore faite". En outre, le gouvernement a exactement les mêmes préoccupations que l'Assemblée nationale. Il a reconnu avec les députés que le secteur de l'énergie était des plus stratégiques, toutes les précautions doivent être prises pour éviter des situations fâcheuses. La future privatisation de la SONABEL se fera de ce fait sous "contrôle". Le ministre en charge de l'énergie a aussi expliqué qu'en application de la loi qui réglemente l'approvisionnement du pays en énergie électrique, il sera maintenu "les activités de transport et de distribution dans une même entreprise qui sera l'acheteur unique de toute l'électricité produite et de libéraliser la production de sorte que les besoins de production thermique futurs soient assurés par des producteurs privés indépendants". Cette approche devait en principe permettre à l'Etat de conserver un droit de regard et de contrôle sur la politique énergétique et de développement économique et social. En outre, une telle méthode a l'avantage d'assurer un fonctionnement cohérent dans la perspective des interconnexions avec les pays voisins et les grands projets de la CEDEAO.

Pour éviter de tomber dans les erreurs des Etats qui ont devancé le Burkina dans la privatisation de leur unité de production d'électricité, le Burkina joue la prudence.

Aussi a-t-il décidé de ne désengager l'Etat de la SONABEL que si des mesures sont prises afin que les financements du développement du système électrique soient assurés. En l'état actuel du sous-secteur de l'électricité, faut-il le rappeler les besoins d'investissements sont importants. C'est dans ce sens que le Conseil des ministres du 24 mars dernier préconise entre autres que la SONABEL soit transformée en société fermière avec l'ouverture de son capital de façon majoritaire à un partenaire stratégique ainsi qu'aux partenaires privés nationaux et au personnel de l'entreprise. C'est pour cette raison que le ministre soutient avec conviction qu'il n'y aura pas de licenciements à la SONABEL après la privatisation.

S'agissant de l'électrification rurale et au regard de son caractère déficitaire, sa gestion sera assurée par l'Etat, les ONG, le secteur privé burkinabè et les collectivités locales. Ce volet sera financé par le fonds de développement de l'électrification conformément aux dispositions légales.

Pour ce qui est du financement des investissements, le Burkina Faso a déjà eu l'assurance des bailleurs de fonds qui se sont engagés dans ce sens. Fort de tous ces éléments, le ministre Cissé a été catégorique en affirmant que "la privatisation de la SONABEL n'aura pas pour conséquence l'abandon du développement du service universel".

Cet optimisme n'a pas été partagé par les députés qui, au regard des expériences de certains pays voisins attendent de voir. La plénière a cependant exhorté le gouvernement à ne ménager aucun effort pour étendre les réseaux d'électricité à l'ensemble du territoire national.

Larba YARO